56ième édition des Rencontres d’Arles 2025
Les premiers retours de la semaine d’ouverture par ActuProvence
Expositions … Les coups de cœur de la rédaction ActuProvence
ON COUNTRY : PHOTOGRAPHIE D’AUSTRALIE

Source ActuProvence lors de la visite d’exposition - Photographes Sullivan+Strumpf
"On Country : Photographie d'Australie" — Une immersion sensible et puissante sur les terres du Sud
Lieu : Église Sainte-Anne (lieu très en cohérence avec les récits pluriels de l’exposition)
Et si vous pouviez ressentir un lieu, plutôt que simplement le voir ?
"On Country" n’est pas un simple mot : c’est un monde de sens, une expérience profonde pour les peuples premiers d’Australie. C’est le lien vivant entre la terre, les eaux, le ciel et les êtres — une connexion ancestrale qui traverse le temps, les langues, les familles et les identités.
À travers l’exposition On Country : Photographie d’Australie, cette relation puissante prend vie sous nos yeux, portée par des artistes autochtones et non-autochtones. Leurs photographies, à la fois intimes et politiques, nous plongent dans les dimensions visibles et invisibles de ce que signifie être « on Country » — non pas simplement sur un lieu, mais constitué par lui, habité par sa mémoire et porteur de sa responsabilité.
Une exposition qui relie art, histoire et vérité
L’exposition met au cœur la relationalité des Premières Nations, en écho aux 60 000 ans d'attachement ininterrompu à un territoire jamais cédé par traité. Bien loin de l’usage colonial de la photographie comme outil de classification ou de domination, les artistes ici présents s’en emparent comme d’un langage d’autodétermination, de vérité et d’avenir.
On y découvre des récits pluriels : ceux des peuples premiers, mais aussi ceux issus de deux siècles de colonisation, de migrations, de résistances et de cohabitations. Chaque œuvre devient un espace de dialogue, une invitation à écouter autrement l’histoire australienne, dans toute sa complexité et sa beauté.
Une expérience à ne pas manquer
On Country : Photographie d’Australie n’est pas une exposition comme les autres. C’est une traversée, une rencontre, un appel à ressentir la puissance d’un lien ininterrompu entre terre et être. C’est aussi une proposition audacieuse : Repenser notre rapport aux lieux, à l’identité, à l’histoire — et à la photographie elle-même.
Adam Ferguson … et son porte bonheur provençal

Source ActuProvence lors de la visite d’exposition – Photographie de Adam Ferguson
Adam Ferguson
Photographe australien né en 1978, Adam Ferguson explore l’Outback – cœur aride et symbolique de l’Australie – à travers les bouleversements climatiques, les tensions héritées de la colonisation et les récits aborigènes. Son travail révèle une réalité complexe, marquée par l’exploitation, la migration, l’effacement culturel et les transformations rurales. Il documente avec humanité ce territoire fragile et ses habitants oubliés.
Tate Stevens

Source ActuProvence lors de la visite d’exposition – Photographie de Tate Stevens
Tace Stevens
Artiste Noongar/Spinifex née en 1992, Tace Stevens donne voix aux récits des « Générations volées » – enfants autochtones arrachés à leur famille en Australie. À travers ses portraits sensibles, elle invite les jeunes hommes concernés à reprendre leur histoire en main et à affirmer leur dignité face à l’objectif. Un travail de mémoire, de réparation et de résilience.
James Taylor

Source ActuProvence lors de la visite d’exposition – Photographies de James Taylor
James Tylor
Artiste Kaurna né en 1986, James Tylor explore les impacts de l’exploitation minière sur les territoires aborigènes, notamment autour de Broken Hill. Sa série Économie minérale recouvre les paysages abîmés par l’industrie avec des formes géométriques abstraites, symboles de l’effacement culturel et écologique. Son travail mêle histoire coloniale, identité autochtone et mémoire environnementale. Quelle originalité dans l’accrochage…
David ARMSTRONG
Source ActuProvence lors de la visite d’exposition - Photographies de David Armstrong
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Source ActuProvence lors de la visite d’exposition – Photographies de David Armstrong
David Armstrong : Le souffle d’une génération entre désir et disparition
Lieu : LUMA Arles
À l’occasion des Rencontres de la photographie d’Arles, LUMA rend hommage à David Armstrong, figure essentielle de la scène photographique new-yorkaise et de l’École de Boston, disparu en 2014. Portraitiste d’une rare sensibilité, il a su capter la beauté, la fragilité et l’élan vital d’une jeunesse marquée par le sida, la marginalité et la quête d’amour.
Dès les années 1970, Armstrong photographie ses proches – amants, amis, artistes – avec une intensité émotionnelle bouleversante. Son œuvre est profondément incarnée : les visages qu’il saisit ne posent pas, ils se livrent, sans fard. Ces portraits évoquent à la fois la séduction, la douceur, et une mélancolie viscérale, alors que l’épidémie du sida dévaste sa génération.
En contrepoint, ses paysages vides — baignés de lumière et silencieux — agissent comme des espaces d’errance intérieure, comme si les corps disparus y laissaient leur trace. Il photographie des lieux qui « n'appartiennent ni aux vivants ni aux morts », selon ses propres mots, capturant l’écho d’une époque suspendue entre éros et thanatos.
Avec cette nouvelle exposition, LUMA Arles révèle la puissance d’un regard à la fois amoureux, lucide et endeuillé, capable de transformer l’intime en mémoire collective. Armstrong ne montre pas le sida, il en exprime le vide, l’absence, la mémoire — et surtout, la vie avant la perte.
Père : Diana Markosian

Source : Site officiel Les Rencontres d’Arles
https://www.rencontres-arles.com/fr/expositions/view/1602/diana-markosian
Diana Markosian.
Le Découpage, série Père, 2014-2024.
Lieu : Espace MONOPRIX
Entre absence et réminiscence, le récit d’un père retrouvé
Dans l’écrin inattendu d’un étage discret de Monoprix, l’artiste Diana Markosian propose un voyage introspectif bouleversant avec son exposition « Père ». Loin du tumulte de la rue, le lieu devient cocon. L’ambiance feutrée agit comme un sas : un passage entre la réalité et la mémoire, entre la fuite et le retour.
Le projet naît d’un traumatisme fondateur. À l’âge de sept ans, Diana quitte précipitamment la Russie avec sa mère. L’enfant ignore qu’il s’agit d’une rupture définitive avec son père, resté derrière. Pendant quinze ans, chacun vivra de son côté : la fille exilée aux États-Unis, le père resté dans l’incompréhension. Ce silence devient le terreau d’un récit intime et visuel que l’artiste tente aujourd’hui de reconstruire.
L’exposition rassemble photographies contemporaines, objets personnels et éléments scénographiques évocateurs : murs recouverts d’anciens papiers peints, peinture familiale, archives éparses. Chaque fragment participe à une forme de reconstitution affective. Le spectateur assiste à la lente reprise de contact entre deux êtres longtemps séparés, marqués par une absence mutuelle.
Mais il ne s’agit pas d’un simple témoignage autobiographique. Par son dispositif immersif, Markosian ouvre l’espace à d’autres récits. Un dispositif participatif invite le public à écrire une lettre à un être cher perdu de vue — geste simple, mais profondément symbolique, qui prolonge l’expérience au-delà des murs de l’exposition.
"Père" explore les failles de la mémoire, les cicatrices de l’exil, mais aussi la possibilité fragile du lien retrouvé. Plus qu’une œuvre, c’est un espace de reconnexion universelle, où l’intime devient miroir collectif.
BERENICE ABBOTT, ANNA FOX et KAREN KNORR: U.S. ROUTE 1
Lieu : Au Palais de l’Archevêché
U.S. Route 1 : Un voyage photographique au cœur de l’Amérique

Source ActuProvence lors de la visite d’exposition
C’est dans l’écrin prestigieux du Palais de l’Archevêché, lieu emblématique mêlant histoire, culture et patrimoine, que s’installe cette exposition exceptionnelle retraçant un road-trip photographique singulier à travers les États-Unis.
En 1954, la photographe américaine Berenice Abbott, pionnière du regard documentaire, parcourt la mythique U.S. Route 1, l’une des plus anciennes routes du pays, reliant le Maine à la Floride. Accompagnée de deux assistants, elle capte l’Amérique en pleine mutation industrielle et sociale, dans une approche rigoureuse et engagée. Refusant l’imagerie carte postale, Abbott documente les contrastes saisissants de l’après-guerre, avec une volonté farouche de montrer « une vision réaliste d’un continent ».
Longtemps resté confidentiel, ce travail puissant réapparaît aujourd’hui enrichi d’un dialogue transgénérationnel. En 2016, deux photographes européennes, Anna Fox (Royaume-Uni) et Karen Knorr (Allemagne / Royaume-Uni), reprennent le flambeau. Inspirées par le regard d’Abbott, elles revisitent la Route 1 sous un prisme contemporain, entre divisions sociales, paysages symboliques et tensions politiques. De Philadelphie à la Virginie, en passant par l’ère Trump, leurs images interrogent la construction des identités américaines à l’heure des mutations globales.
U.S. Route 1, c’est plus qu’un itinéraire. C’est un témoignage croisé entre passé et présent, une traversée photographique où l’image devient récit, mémoire et questionnement.
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Source ActuProvence lors de la visite d’exposition - Photographies de Bérénice ABBOTT

Source ActuProvence lors de la visite d’exposition - Photographie de ANNA FOX et KAREN KNORR
NAN GOLDIN
Syndrome de Stendhal
Lieu : Église Saint-Blaise (choisi par Nan Goldin elle-même)
Une visite historique, une émotion collective
Cet été, Arles a retenu son souffle.
Car Nan Goldin, figure absolue de la photographie engagée et intime, était là. En chair et en regard.
Sa venue, aussi discrète que bouleversante, a déchaîné une ferveur rare. Une foule compacte, émue, suspendue à ses gestes, à sa voix — et surtout, à ses images.
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Nan Goldin interviewée par Christoph Wiesner, directeur des Rencontres d’Arles devant l’église Saint-Blaise et dans le théâtre d’Arles (12500 personnes présentes !) / Source ActuProvence lors de la visite d’exposition
Source : Site officiel Les Rencontres d’Arles : https://www.rencontres-arles.com/fr/expositions/view/1601/nan-goldin
Nan Goldin, la vie comme seul manifeste
Photographe, militante, survivante.
Nan Goldin ne photographie pas le monde — elle le traverse, le brûle, et nous le rend. Depuis ses débuts dans les années 1970, elle explore sans filtre ni fard les marges : sexualité, dépendance, violence, amitié, deuil, beauté.
Son appareil n’est pas un outil : c’est un organe vital.
Sa vie, ses images, ses combats : tout est mêlé, charnel, vrai.
Une exposition à la hauteur d’une légende vivante
L’exposition réunit une sélection bouleversante d’images et de films — certains devenus cultes, d’autres inédits.
The Ballad of Sexual Dependency y croise Memory Lost, Sisters, Saints and Sibyls ou encore des séries plus récentes qui prolongent ses engagements, notamment contre l’industrie pharmaceutique des opioïdes.
Chaque projection est un coup au cœur.
Chaque image, un fragment de vie partagé avec une intensité rare.
Et dans la pénombre sacrée de l’église, les visages, les gestes, les silences deviennent prières profanes et manifestes d’amour.
Pourquoi il faut absolument y aller :
- Parce que Nan Goldin est l’une des plus grandes artistes vivantes. Et qu’on ne traverse pas son œuvre, on s’y abandonne.
- Parce que l’exposition est un événement historique à Arles, et que sa présence a laissé une empreinte aussi intime que collective.
- Parce que dans un monde qui filtre tout, elle continue à tout montrer — avec pudeur, avec rage, avec tendresse.
- Parce que vous en ressortirez secoué·e, mais vivant·e. Comme après une grande histoire d’amour.
La photographie d’architecture à l’honneur

ActuProvence à la conférence ARCHITECTURE ET PHOTOGRAPHIE
Modérée par Christophe Ono-dit-Biot (Le Point).
Avec le photographe Stéphane Couturier (Eileen Gray / Le Corbusier [E-1027+123]), Marcella Legrand Marer, commissaire de l’exposition Construction déconstruction reconstruction et la photographe Batia Suter (Octahydra).
STÉPHANE COUTURIER
E1027+123 : Stéphane Couturier fait vibrer Montmajour entre Eileen Gray et Le Corbusier
Lieu : Abbaye de Montmajour
Sous les pierres séculaires de la majestueuse Abbaye de Montmajour, lieu habité par la lumière et l’histoire, le photographe Stéphane Couturier orchestre une rencontre saisissante entre deux figures majeures de l’architecture moderne : Eileen Gray et Le Corbusier. Un duel visuel ? Plutôt une fusion vibrante. Une alchimie inattendue où l’image devient terrain de réconciliation.
Stéphane Couturier, connu pour ses séries puissantes sur la transformation urbaine (Melting Point, Chandigarh, ou encore son hommage magistral à l’architecte Fernand Pouillon à Alger), excelle dans l’art de capter les tensions, les couches, les ruptures de l’espace. Ici, il s’empare de la mythique villa E-1027, conçue en 1926 par Eileen Gray avec Jean Badovici, et marquée plus tard par l’intervention brutale de Le Corbusier.
La série E.1027+123 explore ces frictions :
· Les lignes sobres et poétiques de Gray,
· Les fresques colorées, parfois intrusives, de Le Corbusier,
· Le dialogue complexe entre deux visions du monde, de l’habitat, de la création.
Stéphane Couturier superpose, juxtapose, entremêle : son regard photographique télescope les époques et les sensibilités, révélant une architecture instable, mouvante, presque vivante. On n’est plus dans le simple documentaire : chaque image devient un palimpseste, une tension entre maîtrise et effacement, entre mémoire et réinterprétation.
Et tout cela prend une puissance émotionnelle inédite dans l’écrin de Montmajour.
Ses volumes gothiques, ses jeux d’ombres et de lumière, son silence minéral offrent un contraste bouleversant avec les transparences modernes de Couturier. Ici, l’art contemporain dialogue avec le sacré. Le passé devient matière à réflexion, à éclatement, à recomposition.
Une exposition comme un acte d’architecture mentale. Une expérience sensible et intellectuelle à vivre dans l’un des lieux les plus magnétiques de Provence.

Source : Site officiel Les Rencontres d’Arles
https://www.rencontres-arles.com/fr/expositions/view/1617/stephane-couturier
CONSTRUCTION / DÉCONSTRUCTION / RECONSTRUCTION
Lieu : La Mécanique générale
Photographie moderniste brésilienne (1939–1964) : un regard vibrant entre art, utopie et image

Source ActuProvence lors de la visite d’exposition – Affiche
Au cœur de cette exposition, c’est tout un pan méconnu de l’histoire visuelle du Brésil qui s’ouvre au regard du visiteur. Une plongée fascinante dans l’avant-garde photographique du Foto Cine Clube Bandeirante de São Paulo, véritable laboratoire de modernité au sein d’un pays en pleine effervescence culturelle.
Entre expérimentation formelle, utopies artistiques et croisements avec les grands courants du concret et néo-concret, cette exposition explore comment un groupe d’amateurs éclairés a bouleversé l’image traditionnelle pour en faire un vecteur de transformation sociale, esthétique et politique.
Dès la fin des années 1930, les Bandeirantes ne se contentent pas de photographier : ils décomposent, construisent, renversent les codes visuels. Dans leurs mains, l’appareil devient un outil de réflexion plastique — parfois même poétique. Photomontages, jeux d’abstraction, collages, négatifs retravaillés : tout est permis pour interroger le réel, ses formes et ses récits.
Trois générations de photographes sont réunies ici dans un parcours foisonnant :
- Geraldo de Barros, Germán Lorca, Thomaz Farkas, José Oiticica Filho, Marcél Giró et d’autres figures pionnières y dialoguent avec des artistes visuels incontournables comme Lygia Clark, Lygia Pape ou Hélio Oiticica.
Le titre de l’exposition, Construction / Déconstruction / Reconstruction, est un manifeste en soi : il incarne la manière dont ces artistes ont repensé la photographie pour en faire un art du mouvement, de l’idée et de la vision critique. À travers eux, c’est toute une autre histoire de la modernité artistique brésilienne qui se dessine — loin des centres dominants, mais résolument connectée à la scène internationale.
Une exposition précieuse et nécessaire, à voir absolument, pour découvrir comment le Brésil moderniste a réinventé l’image en dialogue constant avec ses tensions, ses espoirs et sa lumière si singulière.
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Source ActuProvence lors de la visite d’exposition - Photographies de Geraldo de Barros, Germán Lorca, Thomaz Farkas, José Oiticica Filho, Marcél Giró
BATIA SUTER
OCTAHYDRA
Lieu : Cryptoportiques
Source : Site officiel Les Rencontres d’Arles https://www.rencontres-arles.com/fr/expositions/view/1618/batia-suter
Architecture en tension : une installation à vivre au cœur du Cryptoportique d’Arles
Sous les voûtes séculaires du Cryptoportique d’Arles, lieu habité par l’histoire et les silences du temps, une installation contemporaine prend vie — ou plutôt, entre en vibration. Ici, les fondations antiques dialoguent avec les formes les plus actuelles de la création numérique. Et ce n’est pas un hasard : ce lieu mystérieux, creusé dans la pierre et dans la mémoire, devient le théâtre idéal pour interroger ce que nos architectures disent de nous.
En s’appuyant sur les principes de construction et de déconstruction, l’œuvre nous immerge dans une narration spatiale où les bâtiments semblent doués de vie, où les façades deviennent visages, et où le sentiment d’étrangeté s’installe doucement. Ce trouble n’est pas un accident : il révèle la puissance symbolique de l’architecture sur nos façons de penser, de vivre, de se représenter.
L’installation met en tension deux récits du monde bâti :
- D’un côté, les architectures modestes, inventives et résilientes, porteuses de solutions nées de la nécessité.
- De l’autre, les monuments imposants, temples du savoir savant, dont l’esthétique grandiose est souvent synonyme de pouvoir et de contrôle.
En contrepoint, une mosaïque cinétique de contenants plastiques alimentaires s’anime sur écran, métaphore poétique et politique d’une culture en constante évolution. L’installation entière devient un organisme vivant, un réceptacle sensoriel qui capte l’expérience humaine à toutes les échelles.
Et c’est justement dans le Cryptoportique — ce sous-sol de pierre, à la fois refuge, matrice et vestige — que cette œuvre prend toute sa force. Là où les Romains ont inscrit leur vision du monde dans la pierre, l’artiste contemporain inscrit la nôtre dans le mouvement, la matière plastique, la tension entre visible et invisible.
Venez vivre une expérience unique (et au frais !), où passé et présent se rencontrent, où chaque voûte résonne d’un questionnement profond : quelles structures bâtissons-nous ? Pour qui, et pour quoi ?
Batia Suter utilise la lumière particulière des Cryptoportiques pour créer son œuvre immersive "Octahydra"
TODD HIDO
LES PRÉSAGES D’UNE LUEUR INTÉRIEURE
Lieu : Espace Van Gogh

Source ActuProvence lors de la visite d’exposition
Source ActuProvence lors de la visite d’exposition - Photographie de Todd Hido
Il y a des artistes qui capturent l’éclat du monde.
Et puis il y a Todd Hido, photographe de l’invisible, de l’intime, de ce qui se devine dans le silence d’un paysage vide ou derrière une fenêtre embuée.
Son œuvre est une méditation visuelle : lente, mélancolique, extraordinairement belle.
Le maître des atmosphères suspendues
Né en 1968 dans l’Ohio, Hido s’est imposé comme une figure majeure de la photographie contemporaine américaine. Il vit aujourd’hui à Oakland, en Californie, mais ses images nous ramènent sans cesse aux marges de la banlieue, aux routes désertes, aux maisons closes, éclairées par la lumière crue de phares ou d’un réverbère perdu.
Ses photographies semblent tirées d’un film sans dialogue, baignées d’une lumière étrange, enveloppées de pluie ou de neige, où chaque détail devient un présage.
D’où le titre de cette exposition : Les Présages d’une lueur intérieure.
Une expo comme un rêve éveillé
À travers des paysages vides, des maisons oubliées, des arbres solitaires, Hido compose une partition visuelle entre fragilité, beauté et mystère.
Les personnages sont absents… ou presque. On les devine, on les ressent. Comme si la mémoire imprégnait chaque mur, chaque ciel, chaque route mouillée.
Ses photos — prises à travers le pare-brise de sa voiture, souvent dans des conditions extrêmes — deviennent des miroirs émotionnels puissants, dans lesquels chacun peut projeter sa propre solitude, ses espoirs ou ses souvenirs.
Une résonance profonde avec notre époque
Dans un monde inquiet, marqué par les instabilités climatiques, les tensions sociales ou les dérives technologiques, l’art de Todd Hido nous offre une pause salutaire.
Pas de discours. Pas de réponse.
Juste la beauté troublante d’un monde qui vacille, mais qui résiste par la lumière.
Car il y a toujours, chez Hido, une lueur intérieure — cette force silencieuse qui traverse les ombres, et qui nous relie à l’essentiel : la chaleur d’un foyer, un souvenir d’enfance, un réconfort enfoui.

Source ActuProvence lors de la visite d’exposition - Photographies de Todd Hido
RAPHAËLLE PERIA ET FANNY ROBIN
TRAVERSÉE DU FRAGMENT MANQUANT
LAURÉATES DU PROGRAMME BMW ART MAKERS 2025
Lieu : Cloître Saint-Trophime

Source ActuProvence lors de la visite d’exposition - Photographie de Raphaëlle Peria
Les images sont belles. Délicates. Mais elles racontent une perte.
Raphaëlle Peria signe avec Traversée du fragment manquant une œuvre profondément émotive, un voyage photographique où la disparition devient matière visuelle.
Et en Provence, cette disparition est bien réelle : celle des platanes.
Un hommage subtil aux arbres que nous perdons
Partie d’un souvenir d’enfance – un voyage en péniche sur le canal du Midi –, l’artiste retrouve de vieilles photos et redonne vie à ces instants. Mais à mesure que les souvenirs émergent, c’est aussi la disparition progressive des paysages qui s’impose. Les arbres qui bordaient le canal ? Rongés par un champignon invisible mais ravageur.
Les Provençaux le savent trop bien : le chancre coloré des platanes n’est plus une menace lointaine.
C’est une réalité douloureuse dans nos villages, sur nos places, le long de nos routes. Les troncs sont coupés, brûlés, les alignements centenaires s’effondrent, parfois en silence, parfois dans l’indifférence.
Une exposition profondément touchante pour le public local
Peria transforme cette douleur en art. Elle gratte ses photos, comme on gratte la mémoire. Elle en laisse apparaître les cicatrices, les vides, les interstices.
Et ce geste résonne puissamment ici, en Provence, où chacun a un souvenir sous les platanes : une fête de village, une sieste à l’ombre, une discussion sur un banc.
Ici, le deuil écologique rencontre la mémoire personnelle.
Ici, le visiteur provençal ne regarde pas seulement une œuvre : il y reconnaît ce qu’il est en train de perdre.
Un écrin bouleversant : le cloître Saint-Trophime
Et pour sublimer cette résonance, le lieu d’exposition est tout simplement magistral.
Le cloître roman de Saint-Trophime, à Arles, enveloppe les images d’une gravité douce.
La pierre ancienne, les ombres des arcades, la lumière rasante : tout semble parler du temps qui passe, des traces qu’on laisse, et de ce qui nous échappe.
Une exposition à ne pas manquer
Pour les amoureux de la nature.
Pour celles et ceux qui ont grandi sous les platanes.
Pour ceux qui sentent que l’effacement silencieux du vivant est aussi le leur.
Et pour tous ceux que l’image touche là où les mots ne suffisent plus.
Une traversée sensorielle et poétique, pour se souvenir avant que tout ne disparaisse.
LETIZIA BATTAGLIA
J’AI TOUJOURS CHERCHÉ LA VIE
Lieu : Chapelle Saint-Martin du Méjan
Une rétrospective bouleversante d'une photographe en lutte, au cœur de la Sicile et de l’humanité
Source ActuProvence lors de la visite d’exposition - Photographies de Letizia Battaglia
Une photographe de la vérité, une femme de feu
Letizia Battaglia n’a jamais photographié depuis les marges — elle a vécu en plein cœur du réel, au plus près de la mort, du deuil, de la peur… mais aussi de la résistance, de la tendresse, de l’amour.
Son nom est aujourd’hui indissociable de la lutte contre la mafia sicilienne, dont elle a documenté les ravages dès les années 1970, à Palerme.
Mais Letizia Battaglia, c’est bien plus qu’un regard :
c’est une présence, une voie, un engagement total.
Une exposition immersive, puissante et vivante
Cette grande rétrospective réunit plus de 140 photographies : images cultes, archives personnelles, et inédits.
C’est toute une vie de photographie que l’on traverse, un portrait de la Sicile, mais aussi un miroir de nos propres luttes collectives.
Mafia, pauvreté, injustice sociale, condition des femmes : tout ce que Letizia a regardé, elle l’a transformé en acte photographique.
Ce n’est pas un reportage, c’est une épopée humaine, sans fard ni posture.
Une artiste libre, une militante sans compromis
Photographe autodidacte, entrée dans le métier à plus de 30 ans, Letizia Battaglia a imposé sa voix dans un monde masculin, politique, mafieux. Elle a risqué sa vie pour photographier ce que d’autres préféraient taire.
Et pourtant, jamais de voyeurisme.
Toujours la dignité du sujet, toujours la lumière dans le chaos.
Elle disait :
« Je ne photographie pas la mort, je photographie ce qu’elle laisse. »
Et c’est peut-être là, dans cette fragilité après le choc, que son œuvre est la plus bouleversante.
Pourquoi il faut absolument voir cette exposition
- Parce qu’elle rend hommage à l’une des femmes les plus courageuses et nécessaires de notre temps
- Parce que chaque photo est une parcelle de vérité arrachée au silence
- Parce qu’on ne ressort pas indemne, mais plus vivant, plus lucide, plus humain
Letizia Battaglia, c’est la preuve que la photographie peut changer les choses.
Qu’elle peut documenter, dénoncer, protéger.
Et surtout, aimer.
Et pour finir… Louis STETTNER (1922-2016)
Le Monde de Louis STETTNER (1922-2016)
Lieu : Espace Van Gogh
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Source ActuProvence lors de la visite d’exposition - Photographies de Louis Stettner
Louis Stettner (1922–2016)
Un regard libre, entre deux mondes et mille vies
Dans un monde saturé d’images, il est rare de croiser un photographe qui nous arrête. Qui nous parle. Qui nous regarde autant qu’on le regarde. Louis Stettner est de ceux-là.
Né à Brooklyn, installé à Paris, formé entre les ruines d’Hiroshima et les rames du métro new-yorkais, il a photographié la dignité humaine avec une constance bouleversante.
Ce que je ressens face à ses images, c’est une émotion sans bruit. Une justesse sans pathos. Un regard qui éclaire, sans jamais juger. Et c’est ce regard que l’exposition Le Monde de Louis Stettner (1922–2016) nous donne à voir, à ressentir, à comprendre — bien au-delà des clichés.
Une œuvre entre engagement, beauté et silence
Louis Stettner, c’est une vie entière à photographier les marges, à raconter l’humain, à mêler image et combat.
Véritable pont entre la street photography américaine et la photographie humaniste française, il a aussi été écrivain, peintre, sculpteur. Une œuvre plurielle, à la fois lucide et lumineuse.
· Dans les années 1950, il réalise deux séries devenues mythiques :
Penn Station : la solitude en transit, la poésie du mouvement, l’attente comme récit.
· Nassau Street : un New York brut, social, vivant, où les passants deviennent témoins d’eux-mêmes.
Ce que nous révèle l’exposition
Le texte ci-dessous, rédigé par Virginie Chardin, commissaire de l’exposition, résume avec finesse le parcours et la puissance de cette œuvre :
Louis Stettner est l’auteur d’une œuvre majeure réalisée des deux côtés de l’Atlantique. Véritable pont entre la street photography américaine et la photographie humaniste française, il s’est passionné tout au long de sa vie pour les luttes sociales et politiques et l’histoire de la photographie, tout en pratiquant de multiples formes d’expression (écriture, collage, sculpture, peinture).
Presque dix ans après sa mort, cette exposition apporte un éclairage nouveau sur son travail. Conçue à partir de ses archives, elle présente plus de 150 photographies tirées par le photographe lui-même, dont certaines inédites, ainsi que de nombreux documents originaux reflétant la richesse d’une œuvre hors normes.
De Brooklyn à Paris, d’Hiroshima à Brassaï, de la Photo League à la lutte contre la pauvreté, le parcours de Stettner est celui d’un homme en veille, en lien, en tension. Engagé dans les années 70 pour les droits sociaux et féminins, surveillé par le FBI, il a poursuivi jusqu’aux années 2000 ses explorations urbaines — livrant une vision toujours plus fragmentée, mais jamais désespérée, du monde.
Pourquoi revisiter Stettner aujourd’hui ?
Parce que son travail résonne fort avec nos préoccupations actuelles :
- L’attention à l’invisible,
- Le combat pour une image juste,
- La transmission d’un regard non marchandisé,
- La puissance d’un geste lent face à la vitesse des flux numériques.
Stettner n’est pas un photographe nostalgique. Il est un témoin poétique. Un artisan de la lumière sociale.
En partageant son œuvre aujourd’hui, nous posons une question essentielle : que reste-t-il du regard humain dans l’image contemporaine ?
Quelques clichés magnifiques de Louis Stettner visibles aux Rencontres :
Source ActuProvence lors de la visite d’exposition - Photographies de Louis Stettner
Conseil : Surtout ne pas manquer la vidéo en fin de parcours montrant Louis Stettner dans son atelier de sculpture, activité qu’il pratiquait en alternance avec la photographie…
Conférences … ActuProvence a retenu particulièrement un futur événement prévu en 2026 …
Fêter deux cents ans d’une histoire partagée : Le bicentenaire de la photographie

ActuProvence à la conférence : FÊTER DEUX CENTS ANS D’UNE HISTOIRE PARTAGÉE : LE BICENTENAIRE DE LA PHOTOGRAPHIE
Modérée par Evelyne Laquit, Déléguée à l'information et à la communication au ministère de la Culture.
Avec Dominique de Font-Réaulx, Présidente du comité scientifique du Bicentenaire de la Photographie et conservatrice générale au Louvre, Delphine Fournier, Déléguée aux arts visuels, direction générale de la création artistique au ministère de la Culture et Daniel Foliard, Professeur des universités, laboratoire Echelles, Université Paris Cité.
2026-2027 : Le Bicentenaire de la Photographie célébré en France
À l’occasion des 200 ans de la première photographie réalisée par Nicéphore Niépce (1826-1827), le Ministère de la Culture lance une célébration exceptionnelle du Bicentenaire de la Photographie, qui se déroulera de septembre 2026 à septembre 2027.
Pensé comme un événement national et international, ce temps fort mettra en lumière l’histoire, les usages, les métiers et les innovations de la photographie à travers une programmation riche, participative et ouverte à tous les publics.
Une année pour explorer 200 ans d’images
Loin d’un simple hommage, ce bicentenaire interrogera le rôle de la photographie dans nos sociétés : art, témoignage, outil d’expression ou de contrôle… La démarche s’inscrit dans une réflexion contemporaine sur l’image comme langage, son pouvoir d’évocation et sa place dans notre culture visuelle.
Une mobilisation nationale
Pilotée par un comité scientifique présidé par Dominique de Font-Réaulx, la célébration associera musées, archives, écoles, festivals, artistes et collectivités. Près de 180 projets sont déjà labellisés, de grandes expositions (Centre Pompidou, Grand Palais, Musée Nicéphore Niépce) aux actions de terrain (caravanes culturelles, projets scolaires, commandes publiques…).
Pour en savoir plus et déposer un projet : www.culture.gouv.fr/bicentenaire-photographie
SUMMER BREEZE : Une exposition photo exceptionnelle à admirer tout l’été 2025 dans l’Hôtel Relais de Poste
Lieu : Hôtel Relais de la Poste, 2 rue Molière, Arles (centre historique)
Dates : du 7 juillet au 27 octobre 2025 (tous les jours de 12h à 21h, entrée libre)

Un souffle d’été & de création
Avec SUMMER BREEZE, Boogie Woogie Photography invite les sens à s’évader. Située en plein cœur du centre historique d’Arles, l’exposition s’inscrit pleinement dans l’esprit des Rencontres internationales de la photographie, en offrant une parenthèse estivale empreinte de lumière, de mouvement et de nostalgie
Quand l’été devient esthétique
Des heures dorées, des corps saisis dans la mouvance du soleil, une atmosphère suspendue : l’été devient ici un véritable esthétisme. Le propos est fouillé et universel : la photographie révèle ses possibilités émotionnelles et sensorielles tout à la fois.
Un casting international et poétique :
- Willy Ronis, avec Le Nu Provençal (1949) : un instant intime et intemporel, vibrant d’une poésie domestique sous le soleil du Sud.
- Roger Ballen, et ses images de Woodstock (1969) : une énergie libre, une trace des mouvements de jeunesse, redécouverte après cinquante ans.
- Jacques‑Henri Lartigue, photographe de la joie et de l’innocence : une chronique imagée de sa propre vie, filtrée par la beauté éphémère.
- Isabelle Boccon‑Gibod, avec sa série brûlante de Sun City (Californie) : le soleil devient presque une brûlure visuelle, métaphore d’une Amérique construite et confinée.
- Rémi de Laquintane, voyageur immobile : une odyssée contemplative entre Hong Kong et Paris, intime et poétique.
- Sans oublier Louis Stettner, célébré cette année à Arles, dont les compositions sensuelles et subtiles de baigneurs protègent l’esprit d’un été.
Entrez, flânez, et prenez le temps : chaque cliché raconte une histoire, invite à une émotion.
Que vous soyez photographe amateur ou passionné d’images, SUMMER BREEZE est une halte lumineuse et avec un accueil chaleureux de Boogie Woogie Photography qui fait un travail remarquable d’accrochage.
Et sans oublier le festival Off

Une pépite du Off retenue par ActuProvence : L’EFFONDREMENT DES GÉANTS – par Tchabô
Des géants tombent. Pas des statues, mais des certitudes.
Une expo photo puissante, absurde et troublante, à voir absolument cet été à Arles.
Noir & blanc saisissant / Fiction écolo-poétique / Chez Arthur & Janine, Arles / 7 > 19 juillet 2025 | 11h–19h | Entrée libre
« Quand les géants tombent, ce n’est pas le silence… mais nos questions. » — Tchabô
https://arles.fr/evenements/leffondrement-des-geants/

Source ActuProvence lors de la visite d’exposition- Photographies de Tchabô









